Hiroshima, Nagasaki: Mémoires et silences japonais
Notre sélection de ressources numériques

A l’occasion de la réedition du manga « Gen aux pieds nus » aux éditions du Tripode, la Bpi vous propose une sélection numérique autour de la mémoire d’Hiroshima et de ses survivants.

Les 6 et 9 août 1945, les bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki causent jusqu’à 210 000 morts et précipitent la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le Japon, vaincu et occupé par les États-Unis, se reconstruit rapidement en adoptant un modèle démocratique et pacifiste. Pourtant, l’expérience atomique reste longtemps occultée. Les hibakusha, survivants des explosions, sont confrontés au silence, à la censure et à de fortes discriminations sociales. Leur traumatisme, à la fois physique et psychique, demeure difficile à exprimer. À partir des années 1960, des œuvres littéraires et artistiques contribuent à faire émerger leur parole et à sensibiliser l’opinion. La mémoire de ces événements s’inscrit progressivement dans l’espace public, entre transmission, reconnaissance et débats sur sa représentation, révélant toute la complexité du rapport aux violences de guerre.

Inspiré de l’expérience de son auteur Keiji Nakazawa, rescapé du bombardement atomique à Hiroshima le 6 août 1945, ce long manga explore avec un réalisme saisissant la violence, la souffrance des civils et l’endoctrinement idéologique imposé par le régime impérial japonais.

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Publié le 25/09/2026 - CC BY-SA 4.0

"Gen aux pieds nus" : un manga pour raconter Hiroshima

Dans cette émission du « Book club » de Marie Richeux diffusé le 12/11/2025, Benoît Peeters analyse ici la puissance singulière de Gen aux pieds nus, le manga autobiographique de Keiji Nakazawa. Paru en 1973 au Japon dans une revue pour enfants, il bouleverse ses jeunes lecteurs et engage la société japonaise dans une réflexion profonde sur le désastre atomique. Profondément radicale, l’œuvre dérange grâce à ses dessins réalistes (les corps gisants grouillants d’asticots, les charniers organisés par les autorités…) et son récit sans concessions, qui dévoile les fractures profondes de la société japonaise d’alors, notamment son racisme structurel et son militarisme à outrance. Gen fait régulièrement l’objet de retraits dans des bibliothèques japonaises.

Photo de Roméo A. sur Unsplash

Nagasaki Atomic Bomb Museum

Un site très riche, qui propose l’accès à des documents d’une grande diversité : des photos de la ville de Nagasaki détruite suite à la déflagration du 9 août, des témoignages de survivants, des explications scientifiques, du matériel pédagogique à destination des enfants, des films documentaires, un référencement de l’ensemble des objets exposés dans les salles de musée (vêtements et chaussures, horloges stoppées à 11h02 – heure de la déflagration, lunettes déformées, boites à lunch brulées, piano transpercé par du verre, dessins d’hibakusha, certificats de décès…). Un musée très dynamique aux riches collections, qui œuvre pour la paix.

 

 Quand l'histoire fait dates : 6 août 1945 : Hiroshima

Dans cette série documentaire de 2017, Patrick Boucheron interroge ici l’évènement Hiroshima, qui n’est plus seulement le nom d’un lieu, mais un symbole universel pour dire la peur atomique. Car la ville n’a plus d’autre histoire que celle de son anéantissement. Au-delà du bouleversement scientifique et géopolitique que représente le bombardement du 6 août, la commémoration de la catastrophe est une longue et cruelle guerre d‘images et de récits que ne cessent de se livrer américains et japonais.

 

Musée du Mémorial de la Paix d'Hiroshima - La Collection de dessins réalisés par les hibakusha

Le Musée du Mémorial de la Paix d’Hiroshima conserve des milliers de dessins réalisés par des survivants de la bombe atomique. Ces œuvres reflètent les expériences personnelles de ces rescapés devenus artistes. Ces dessins et peintures, dont la plupart ont été collectés en 1974, 1975 et 2002, sont des témoignages du bombardement atomique par les citoyens d’Hiroshima et illustrent les ravages que les armes nucléaires causent aux hommes, aux architectures et à la nature environnante. Ils reflètent la culpabilité et les traumatismes portés par les hibakusha.

Le facteur de Nagasaki, de Peter Townsend

Sumiteru Taniguchi, 16 ans, est facteur à Nagasaki. Le 9 août 1945, il commence sa tournée lorsque les Américains larguent la bombe atomique sur la ville. En quelques minutes, la zone est anéantie par le « pika-don », l’éclair aveuglant. Gravement brûlé, la peau du dos arrachée, il reste défiguré et alité plusieurs années, avant de devenir un fervent militant pour le désarmement nucléaire. Cet ouvrage – publié en 2025 – est le récit de son parcours et de sa résilience.

 

 

 

Silences et construction des post-mémoires à Hiroshima

Cet article complet – issu de la Revue de sciences sociales (n°66, 2021) -porte sur le rapport silencieux et traumatique des irradiés japonais à l’expérience nucléaire: réminiscence d’une déflagration totale, vision de corps décharnés, culpabilité ressentie face au souvenir de ceux qui n’ont pu être sauvés, inquiétude éprouvée d’une possible contamination radioactive, mal invisible et inodore aux conséquences incertaines… La stigmatisation sociale subie par les hibakusha dans l’immédiat après-guerre ont lourdement impacté la transmission mémorielle au sein des cellules familiales, aujourd’hui encore habitées par la culture du secret.

Accessible à distance

Un film: Pluie noire, de Shôhei Imamura

Ce film de Shôhei Imamura, réalisé en 1989, reste d’une beauté déchirante. Avec son noir et blanc épuré, ses scènes insoutenables et ses personnages délicats, le réalisateur Shohei Imamura adapte brillamment le roman éponyme de Masuji Ibuse. Il met en scène la détresse d’une jeune hibakusha, Yasuko, empêchée de se marier car possiblement irradiée par la bombe larguée sur Hiroshima quelques années plus tôt. Ses prétendants effrayés, son entourage décimé par un mal invisible, Yasuko ne peut que sombrer dans le désespoir d’une vie empêchée.

Les deux soleils de Tsutomu Yamaguchi

France Inter, émission Le 6 août 1945, Tsutomu Yamaguchi, jeune ingénieur de 29 ans, travaille à Hiroshima. Grièvement blessé par l’explosion, il erre dans une ville en ruines, croise des irradiés agonisants, enjambe des morts et parvient à prendre un train pour retourner chez lui, à Nagasaki. À peine arrivé, trois jours plus tard, il subit le deuxième bombardement nucléaire. Tsutomu Yamaguchi est l’unique survivant des deux bombes. Il milite inlassablement pour le désarmement nucléaire avant son décès par cancer, en 2010. Ce numéro de l’émission « Affaires sensibles » a été diffusé le 6 octobre 2025, il est présenté par Fabrice Drouelle, avec comme invité Michael Lucken, historien, spécialiste du Japon contemporain.

 

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